Joseph Aloïs Schumpeter est né le 8 février 1883 à Triesch, en Moravie (Empire d'Autriche-Hongrie), et mort le 8 janvier 1950 à Salisbury, (États-Unis), 
économiste et professeur en science politique autrichien naturalisé américain, connu pour ses théories sur les fluctuations économiques, la destruction créatrice et l'innovation.

Il est l'auteur d'une Histoire de l'analyse économique, parue en 1954 et qui fait encore référence. 
Il est considéré comme l'économiste de l'effervescence et on le qualifie d’économiste hétérodoxe pour ses théories sur l’évolution du capitalisme dans la démocratie, 
qu'il estime voué à disparaître pour des raisons sociales et politiques.


Sa vie 

Joseph Schumpeter naît en 1883 à Třešť en Moravie, ville austro-hongroise, aujourd’hui en République tchèque, d'un père industriel du textile. 
Il se retrouve orphelin dès l'âge de 4 ans. Devenu étudiant, Il découvre l’économie, en suivant notamment les cours des théoriciens de l'École autrichienne : 
Friedrich von Wieser, Eugen von Böhm-Bawerk et Carl Menger. Diplômé docteur en droit en 1906, il se rend en Angleterre où il se marie en 1907avec Gladys Ricards Seaver.
Mais son mariage se disloque rapidement. 
Il quitte alors l'Angleterre et s'installe au Caire où il travaille en tant qu'avocat pour le tribunal mixte international.

À partir de 1927 et jusqu'à sa mort, il enseigna à l'Université Harvard où il s'installe définitivement en 1932, à la suite de la montée des extrémismes en Europe centrale.

Il se remarie avec une économiste du nom d'Elizabeth Boody en 1937. De 1937 à 1941, sa réputation internationale lui vaut de présider la Société d’économétrie dont il est l’un des fondateurs. 
Il devient président de l'American Economic Association en 1948. La fin de sa vie sera marquée par l'édition de deux ouvrages importants : 
Les Cycles des affaires (1939) où il revient sur l’analyse de la croissance et Capitalisme, socialisme et démocratie (1942) qui lui vaudra une réputation d’économiste « hérétique ».

Il meurt le 8 janvier 1950 d'une hémorragie cérébrale dans sa maison de Taconic, dans le Connecticut, au moment où il va être élu premier président de la nouvelle Association internationale d'économie. 
Son épouse, Elizabeth Boody (1898-1953) éditera à titre posthume la monumentale Histoire de l'analyse économique (1954) à laquelle il a consacré ses dernières années et L'essence de la monnaie (1970).


Sa théorie 

 
Schumpeter se laisse difficilement classer dans une école économique. S'il était bien autrichien, il n'a jamais fait partie de l'École autrichienne avec laquelle il avait été familiarisé 
par les enseignements d'Eugen von Böhm-Bawerk à l'Université de Vienne.

L'économiste qu'il admirait le plus était sans conteste Léon Walras, mais son analyse dépasse largement le cadre néoclassique. 
Il fut également fortement influencé par les écrits du sociologue allemand Max Weber. 
Et, s'il a partagé certaines conclusions avec Karl Marx, son analyse était très éloignée des conceptions marxistes de l'économie. 
On en fait en général le fondateur de l'évolutionnisme économique. Il est ainsi répertorié dans le cercle des économistes dits « hétérodoxes ».

Il estime que le fondement et le ressort de la dynamique de l'économie sont l'innovation et le progrès technique. L'histoire du capitalisme est une mue permanente. 
La technologie évolue, se transforme poussant des pans entiers de l'activité économique à s'étioler puis à disparaître après avoir été dominants. Le changement est structurel avant d'être quantitatif.

Joseph Schumpeter explique dans Le cycle des affaires, publié en 1939, les cycles économiques par l'innovation et en particulier par les « grappes d'innovation».

Selon lui, le progrès technique est au cœur de l'économie et les innovations apparaissent en grappes ou essaims : 
après une innovation majeure, souvent une innovation de rupture due à un progrès technique, voire scientifique 
(par exemple : la vapeur, les circuits intégrés, l'informatique, l'internet, les nanotechnologies) d'autres innovations sont portées par ces découvertes.

On constate alors des cycles industriels où, après une innovation majeure, l'économie entre dans une phase de croissance (créatrice d'emplois), 
suivie d'une phase de dépression, où les innovations chassent les entreprises « dépassées » et provoquent une destruction d'emplois.

Schumpeter retient pour exemple les transformations du textile et l'introduction de la machine à vapeur pour expliquer le développement des années 1798 à 1815 
ou le chemin de fer et la métallurgie pour l'expansion de la période entre 1848 et 1873.Cette analyse se rapproche des cycles identifiés par Kondratiev, Juglar ou Kitchin.

Au cœur du système capitaliste se trouve, pour Schumpeter, l'entrepreneur qui réalise des innovations (de produits, de procédés, de marchés).
En conséquence, la croissance est un processus permanent de création, de destruction et de restructuration des activités économiques. 
La « destruction créatrice » est donc la caractéristique du système capitaliste qui résulte du caractère discontinu des innovations.

Schumpeter met en avant le rôle majeur des innovations dans l'impulsion, la mise en mouvement de l'économie sous l'action de l'entrepreneur. 
C'est par la fabrication de produits nouveaux, l'adoption de procédés et de techniques inédits, l'utilisation de nouvelles matières premières ou l'ouverture de nouveaux débouchés que les structures finissent par changer.

Schumpeter met en évidence le rôle déterminant de l'innovation dans l'impulsion du système économique
Il prend comme point de départ la modélisation d'une économie stationnaire, nommé circuit économique, et dont les différents éléments structurels se reproduisent à l'identique.

Il s'agit d'une représentation simplifiée de la vie économique et des relations qui se nouent entre les agents économiques. La logique de ce circuit économique est celle de l'équilibre général : 
les mouvements adaptatifs des prix assurent l'adéquation entre les différentes variables économiques, et chaque facteur de production est rémunéré à son prix. 
Ce circuit économique est caractérisé par la libre concurrence, la propriété privée et la division du travail entre les agents.
Ces derniers, qui agissent en fonction de leur expérience, n'introduisent aucune rupture fondamentale dans leurs comportements et les relations économiques en place. 
Les méthodes de production et les pratiques de consommation restent stables, l'offre devient égale à la demande par le jeu des prix, de sorte que l'allocation des ressources est efficiente. 
Les comportements routiniers et les mécanismes adaptatifs conduisent alors à un état stationnaire.

Or, selon Schumpeter, cette routine est brisée par l'entrepreneur et ses innovations. Ainsi, l'évolution ne peut pas venir d'une modification quantitative (hausse de la production ou du capital), 
mais de la transformation qualitative du système de production. Schumpeter montre que le facteur déterminant de cette évolution est l'innovation : celle-ci est au cœur non seulement du processus de croissance, 
mais aussi de transformations structurelles plus importantes.

Dans la conception de Schumpeter, l'entrepreneur incarne le pari de l'innovation, thèse qu'il développa en particulier dans Théorie de l'évolution économique en 1911 ; son dynamisme assure la réussite de celle-ci. 
L'entrepreneur, qu'il ne faut pas confondre avec le chef d'entreprise simple administrateur gestionnaire, ou avec le rentier-capitaliste propriétaire des moyens de production, 
est pour lui un véritable aventurier qui n'hésite pas à sortir des sentiers battus pour innover et entraîner les autres hommes à envisager autrement ce que la raison, la crainte ou l'habitude, leur dictent de faire. 
Il doit vaincre les résistances qui s'opposent à toute nouveauté risquant de remettre en cause le conformisme ambiant.

L'entrepreneur est certes motivé par la réalisation de bénéfices générés par les risques pris et la réussite. Mais, la conception du profit défendue par Schumpeter est originale : 
l'entrepreneur crée de la valeur, tout comme le salarié, et il est également motivé par un ensemble de mobiles irrationnels dont les principaux sont sans doute la volonté de puissance, le goût sportif de la victoire 
et de l'aventure, ou la joie simple de créer et de donner vie à des conceptions et des idées originales. Pour Schumpeter, le profit est la récompense de l'initiative créatrice des risques pris par l'entrepreneur.

Cette conception est contraire aux économistes classiques qui faisaient du profit la contrepartie des efforts productifs (capital et travail) de l'entrepreneur, alors qu'elle est plutôt du ressort du chef d'entreprise. 
Cette conception est également contraire à celle, marxiste, qui place l'origine du profit dans la confiscation de la plus-value, 
c'est-à-dire l'appropriation d'une partie du fruit du travail des salariés par le rentier-capitaliste.

Le profit est d'autant plus important et immédiat que l'entrepreneur est capable d'éliminer toute forme de concurrence directe et immédiate. 
L'innovation revient le plus souvent à détenir une position favorable dans sa branche, et sa diffusion permet l'obtention de droits commerciaux qui techniquement permettent à l'entrepreneur de disposer d'un monopole. 
Schumpeter considère les monopoles nés de l'innovation comme nécessaires à la bonne marche du capitalisme. En situation de monopole, l'entrepreneur est libre de fixer un prix de vente supérieur à son coût marginal.
 
En situation de concurrence pure et parfaite, pour augmenter ses profits l'entrepreneur n'a plus cette facilité ; au contraire pour rester concurrentiel son prix de vente tend à se rapprocher du coût marginal 
(c'est le concept marxiste de la baisse tendancielle du taux de profit qui est critiqué ici par Schumpeter).

Pour regagner une liberté de prix de vente, loin du coût marginal, l'entrepreneur doit baisser ce dernier en réduisant ses coûts de production par des économies d'échelles 
(augmentation de la production et de la taille des entreprises) ou par un accroissement de la productivité (notamment par l'innovation). Les risques que prend l'entrepreneur en innovant sont motivés 
par la perspective de conquête d'une position de monopole ou par son maintien. 

Schumpeter montre qu'un univers non atomistique (grand nombre d'entreprises) n'est pas forcément négatif pour le consommateur car le monopole ne conduit pas toujours à la hausse des prix ou à la baisse de la production. 
L'entreprise géante percevant un surprofit peut effectuer des investissements importants. Par ailleurs, les innovations engendrent des effets de synergie au niveau de l'économie. 
Elles ont des externalités positives sous forme d'entraînement sur des secteurs économiques et de créations de nouvelles activités. Elles apparaissent comme le fer de lance de la croissance économique, 
justifiant alors l'existence de ces nouveaux acteurs contribuant à l'essor du capitalisme. Pourtant, ces situations de monopole ne durent pas. 
C'est le jeu de la concurrence qui les banalise en faisant de la bataille pour le surprofit le moteur du progrès économique, mais aussi le facteur explicatif des mouvements cycliques de l'économie

L'innovation est à la fois source de croissance et facteur de crise. C'est ce que Schumpeter résume par la formule « destruction créatrice ». Les crises ne sont pas de simples ratés de la machine économique ; 
elles sont inhérentes à la logique interne du capitalisme. Elles sont salutaires et nécessaires au progrès économique. Les innovations arrivent en grappes presque toujours au creux de la vague dépressionniste, 
parce que la crise bouscule les positions acquises et rend possible l'exploration d'idées nouvelles et ouvre des opportunités. Au contraire, lors d'une période haute de non-crise, 
l'ordre économique et social bloque les initiatives, ce qui freine le flux des innovations et prépare le terrain pour une phase de récession, puis de crise.