John Maynard Keynes né le 5 juin 1883 à Cambridge et mort le 21 avril 1946, est un économiste haut fonctionnaire etessayiste britanique. Sa notoriété est mondiale. Il est le fondateur de la macroéconomie Keynésienne.

Sa vie

John Maynard Keynes est né dans une famille d'universitaires appartenant à la bourgeoisie victorienne. Son père, John Neville Keynes, maître de conférences à l'université de Cambridge est l'auteur d'un ouvrage classique de méthodologie économique : The Scope and Method of Political Economy paru en 1890. Très tôt le père est fasciné par son fils comme en témoigne le journal qu'il tenait. La mère de John Maynard, Florence Ada Brown est un auteur à succès et une pionnière des réformes sociales. Elle fait également de la politique et est élue maire de Cambridge en 1932. Outre John, le couple Keynes a un autre fils, Geoffrey Keynes, chirurgien , et une fille, Margaret.

Considéré comme l'un des plus influents théoriciens de l'économie du 20ème siècle , il fut, en tant que conseiller officiel ou officieux de nombreux hommes politiques, l'un des acteurs principaux des accord de Bretton Woods après la seconde guerre mondiale.

La force de John Maynard Keynes réside dans le fait qu'à la différence de ses prédécesseurs, il élabore une théorie nouvelle ainsi que les outils conceptuels nécessaires à la mise en place de politiques économiques alternatives. Ses travaux sont utilisés après la seconde guerre mondiale dans le cadre de la mise en place de l'état providence. Selon Kenneth R. Hoover, Keynes aurait eu à son époque une position « centriste » entre d'une part Friedrich Hayek et d'autre part Harold Laski, un des inspirateurs de l'aile gauche du parti travailliste. Il est souvent considéré comme ayant donné aux sociaux libéraux britaniques la théorie économique qui leur manquait.

Sa théorie

Le keynésianisme s'articule autour de six principaux traits dont trois concernent le fonctionnement de l'économie et trois les politiques économiques.

Les trois principes sur le fonctionnement de l'économie sont :

  1. la demande agrégée est erratique ;
  2. les inflexions de la demande ont une plus grande influence sur la production et l'emploi que sur les prix ;
  3. les prix et spécialement les salaires réagissent lentement au changement de l'offre et de la demande.

À partir de là, les keynésiens avancent trois principes de politique économique :

  1. le niveau usuel de l'emploi n'est pas idéal car il est sujet à la fois aux caprices de la demande et à des ajustements des prix trop lents ;
  2. la nécessité, pour certains Keynésiens, de politique de stabilisation
  3. de façon encore moins unanime qu'au point précédent, soutenir l'emploi plutôt que lutter contre l'inflation.

Keynes récuse la loi de Say, convaincu que le marché laissé à lui-même a peu de chance d'atteindre un optimum économique. Le manque de confiance de Keynes dans le processus d'équilibrage du marché dans un contexte macroéconomique ne date pas de la Théorie générale mais est également présent dans The Economic Consequences of MrChurchill de 1925. Quoi qu'il en soit, dans un tel contexte, le gouvernement doit fournir un ensemble d'incitations au marché à travers des politiques économiques budgétaires et monétaires afin d'arriver au meilleur état possible. Contre Lord Beveridge qui pensait qu'un taux de plein emploi inférieur à 3 % pouvait déclencher des pressions inflationnistes, Keynes fixait ce taux à 4,5 %.

Pour Keynes, une économie qui est vivante est une économie qui consomme.

La croissance suit un chemin sinueux. En effet, il y a les périodes d'expansion où la croissance est présente, le chômage est alors faible et les individus peuvent consommer  et profiter du fruit de leur travail. Mais il y a aussi des périodes de rétractation de l'économie qui provoquent une baisse de la consommation et donc une explosion massive du chômage s'ensuit.

Cette période de cycle de croissance et de non croissance s'appelle le cycle des affaires.

Pour l'école classique, s'il y a un période de crise, les salaires, ainsi que les prix, s'adaptent aux fluctuations de l'offre et de la demande, le marché absorbe ces chocs et donc le chômage n'est pas si important que cela, c'est une variable d'ajustement.

Pour Keynes, au contraire, la demande globale est l'élément fondateur d'un cycle économique. En effet, en période de crise, la demande globale baisse ce qui provoque un ralentissement de l'économie générale, et donc accroît cette période de crise.

Keynes développe l'idée selon laquelle lademande agrégée doit être orientée afin d'inverser la tendance des crises et par la même occasion assainir l’instabilité du capitalisme. Et ce rôle de soutien à l'économie revient à l’État qui est garant de la santé économique du pays.

La demande agrégée est un élément important de la vie de l'économie moderne, mais il ne faut pas oublier que sur le long-terme, l’investissement, ainsi que l’innovation sont également des éléments clés.

Keynes explique aussi que les gouvernements peuvent manipuler cette demande agrégée mais, quelles solutions ont-ils pour faire repartir la croissance par la consommation en période de crise ? une politique monétaire ou fiscale est-elle suffisante pour relancer l'économie ? De plus, même si l’État peut manipuler la demande agrégée, rien n'assure qu'il le fasse correctement et que cette manipulation ne va pas biaiser les marchés. En France les ménages sont particulièrement prudents et ont tendance à épargner en prévision des périodes à venir. Le keynésianisme, étant basé sur une consommation forte des ménages, n'est donc pas optimum pour une économie épargnante.

« Les défauts marquants de la société économique dans laquelle nous vivons consistent en son échec à garantir le plein emploi et sa distribution arbitraire et injuste des richesses et des revenus. »

Les principaux concepts novateurs introduits par Keynes sont les suivant :

  • l'équilibre de sous-emploi (le chômage) pour un niveau donné de la demande. 
  • l'absence d'ajustement par les prix entre les demandes et les offres d'emploi, empêchant la résorption du chômage. 
  • une théorie de la monnaie fondée sur la préférence pour la liquidité. 
  • la notion d'efficacité marginale du capital comme explication de l'investissement, faisant de l'investissement la "cause" déterminante de l'epargne.
  • la loi psychologique selon laquelle la consommation augmente moins vite que le revenu.

De ces concepts, qui ont engendré la macroéconomie, on peut en déduire la possibilité de politiques économiques interventioniste de l'Etat afin d'éviter les récessions et de freiner les emballements de l'économie.

Pour les keynésiens, il existe une tendance permanente au sous-emploi et seules les interventions de l'Etat permettent, dans certaines circonstances, de lutter contre le chômage.

Les adversaires du keynésianisme soutiennent qu'il n'y a pas à mettre en cause la capacité des marchés à ajuster les offres aux demandes pour expliquer le chômage et que ce sont les politiques publiques subventionnant, imposant des prix ou fixant des salaires minima, qui pénalisent l'embauche et empêchent le plein emploi.

Les post-keynésiens sont moins "interventionnistes" que les keynésiens de la première génération. Ils sont cependant tout aussi critique quant à la capacité d'autorégulation du marché. Ils se basent pour cela sur le constat de la régularité des déséquilibres des marchés et des crises financières, montrant ainsi l'incapacité des marchés à gérer l'incertitude lorsqu'ils sont mal encadrés.

Aujourd'hui de nombreux courants et partis politiques se revendiquent du keynésianisme, mais en n'en retenant que l'idée d'interventionnisme, alors que Keynes, lui-même homme d'affaires, insistait sur le rôle fondamental de la création d'entreprises privées.

Dans la théorie keynésienne, il incombe au gouvernement d’atténuer les irrégularités des cycles économiques. Une intervention de l’état se traduit par des programmes d’investissement massifs et un allègement de la fiscalité dans le but de stimuler la demande quand l’économie ralentit.

Inversement, quand l’économie va bien, l’état réduit ses dépenses et augmente les impôts afin de maîtriser l’inflation.

La théorie de Keynes s’oppose à celle de la main invisible d’Adam Smith.

Keynes a aussi mis en avant l’illusion monétaire, qui fait que les agents économiques ne captent pas correctement l’incidence de l’inflation, et la rigidité nominale des salaires. La situation de la Grèce illustre combien ceci est d’actualité. Un pays qui ne peut pas dévaluer ne peut rétablir sa balance commerciale qu’au travers d’une diminution des salaires, ce qui est un processus extrêmement difficile.

La pertinence de Keynes en 2018 a aussi trait aux marchés financiers. Avec la crise financière est revenue l’idée keynésienne de l’irrationalité des investisseurs. Cette irrationalité avait été gommée durant les décennies précédant la crise par l’hypothèse de forte efficience des marchés.

Finalement, la crise financière et la crise des dettes souveraines au sein de l’Union monétaire ont sorti Keynes du placard où les monétaristes et les thèses de l’économie dite de l’offre l’avaient enfermé. En 2018, il est encore « écouté » et certaines de ses théories se caractérisent par leur modernité.